
La question peut paraître anodine, voire absurde pour certains, et pourtant elle cristallise tout un pan de notre rapport aux soins capillaires : lorsqu’on se rend chez le coiffeur, doit-on arriver les cheveux lavés, démêlés, ou confier cette double étape au salon ? Pour les personnes aux cheveux texturés, bouclés, frisés ou crépus — qu’ils soient afro-descendants ou d’autres origines —, ce choix n’a jamais été neutre. Historiquement, le cheveu crépu a trop souvent été perçu comme une « difficulté », un terrain hostile comparé péjorativement à une « crinière » à « dompter » avant d’oser franchir la porte de certains salons habitués à des textures lisses, au point d’essuyer parfois des refus vexants ou des regards culpabilisants. Si l’ère du naturel et du mouvement Nappy a démocratisé la liberté de porter sa couronne en toute sérénité, de vieux réflexes subsistent.
Dans cette optique, l’approche bienveillante de Studio Anaé, que j’intègre aujourd’hui dans notre catégorie Nappy Rituel, s’inscrit comme une véritable bouffée d’oxygène. J’ai voulu m’entretenir avec Aude, la fondatrice, pour poser les vraies questions sur ce qui abîme nos cheveux, de la porte du salon jusqu’à notre oreiller la nuit.
1. Avant le salon : le mythe des cheveux « propres », démêlés et du jugement
Contrairement à certains discours culpabilisants vus sur les réseaux sociaux — ou aux reproches de certains salons qui qualifient péjorativement les cheveux non préparés de « crinière » difficile à « dompter » —, l’approche de Studio Anaé est radicalement bienveillante. Pour Aude, il est aberrant de faire ce type de reproche : chez soi, on a parfois du mal à gérer sa chevelure ou à la démêler, et on vient justement au salon pour qu’on s’en charge. Le salon est là pour ça, une prestation est facturée et l’équipe s’en occupe.
Arriver avec des cheveux non lissés, non sur-démêlés ou non lavés n’en est en rien un manque de respect. C’est une photographie réelle et brute de la santé capillaire de la cliente, sans camouflage. C’est une mine d’or d’informations pour le diagnostic : voir le cheveu dans son état naturel permet au coiffeur de comprendre immédiatement comment on le vit au quotidien, comment on le manipule et si l’on maîtrise l’hydratation. Saper cette vérité par peur du jugement ou en forçant un démêlage à sec avant de venir fait perdre de précieuses indications. Et si le cas s’avère complexe avec des cheveux très denses et emmêlés, la solution d’Aude réside simplement dans la facturation d’un surplus adapté au temps passé, loin de la pression des salons chronométrés.
2. Les pièges du quotidien : entre idées reçues, identité et santé de la fibre

Discuter avec Aude, c’est aussi pointer du doigt tout ce qu’on fait de travers sans le savoir. Le cheveu crépu, bouclé et frisé est très catégorisé : rien qu’au sein de la catégorie crépu, il existe encore quatre sous-catégories incluses. Souvent, nous connaissons très mal la nature de nos cheveux, et cette nature évolue, reflétant aussi directement notre état de santé global et notre niveau de stress.
Le cheveu afro fait partie intégrante de notre identité. Une fois que l’on accepte cette identité, on cherche à trouver les bons produits pour traiter ses cheveux, être en accord avec son apparence et révéler ses boucles. Mais en copiant aveuglément des influenceuses aux textures différentes ou en commandant de manière impulsive sur Internet sans diagnostic, on accumule les produits sans savoir s’ils conviennent vraiment. On continue à faire des tests en aveugle, piégés par l’illusion de bien faire.
Se rendre directement en boutique spécialisée ou dans un salon de coiffure représente un véritable gain de temps et d’argent : grâce à un bon diagnostic personnalisé, on stoppe la surconsommation de produits inadaptés, on consomme de manière raisonnée et on repart enfin avec ce qu’il faut pour notre vraie nature capillaire. À l’inverse, la maltraitance physique — comme le démêlage à sec en tirant sur les mèches — fragilise directement la structure du cheveu.
Face à cela, le rapport aux cheveux varie énormément selon les générations :
- La génération Z (vingtaine) se débrouille globalement beaucoup mieux et aborde sa texture avec plus de décontraction.
- La tranche trentenaire est davantage en difficulté, prise entre les réflexes ancrés du passé (défrisages, colorations) et une méconnaissance persistante.
- Enfin, la quarantaine et la cinquantaine (les mamans) reviennent de loin, ayant été habituées à de très mauvaises pratiques pendant des années. Mais c’est précisément pour cela que s’adapter et vouloir enfin connaître l’entretien réel de leurs cheveux constitue une véritable renaissance : elles découvrent leur texture, réapprennent à les apprivoiser et s’ouvrent à des soins adaptés.

3. Le rituel de nuit et la protection
La protection nocturne est un autre sujet crucial abordé avec Aude. Le choix des accessoires dépend entièrement de la longueur, du volume et de l’épaisseur de la chevelure :
- Pour les cheveux courts, une simple taie d’oreiller en satin ou en soie suffit.
- Pour les cheveux plus longs, il faut privilégier les bonnets en satin ou en soie après avoir pris soin d’attacher les cheveux pour éviter les frottements.
Attention toutefois aux excès : Aude déconseille formellement les bains d’huile systématiques avant de dormir. Les masques de nuit ne doivent pas non plus être faits en continu ; il faut garder la main légère sur les applications de produits pour laisser respirer le cuir chevelu et les cheveux.
4. Studio Ana’e : un accompagnement pensé pour nous
Ce qui différencie Studio Ana’e, c’est une démarche profondément généreuse. Contrairement à d’autres structures qui misent sur des ateliers payants, Studio Ana’e intègre pleinement la pédagogie au cœur de son salon, avec un diagnostic capillaire personnalisé systématiquement inclus au début de chaque prestation de coiffure.

Pour celles qui souhaitent en bénéficier en dehors d’une prestation coiffure classique, il est même possible de venir en début de semaine — les fins de semaine et week-ends étant entièrement réservés aux rendez-vous coiffure —, offrant un vrai temps d’échange privilégié et gratuit.
Article rédigé pour Le Nappy Lab en collaboration avec Aude, la fondatrice de Studio Ana’e. Retrouvez tous les conseils experts et les soins adaptés dans leurs salons dédiés.
